lundi 11 avril 2016

pollinisation du cotonnier par les abeilles mellifères et effets des pesticides dans la commune de Kétou au Bénin

RESUME

  L’étude de la pollinisation du cotonnier par les abeilles mellifères et effets des pesticides est l’une des étapes d’une série d’activités pour la conservation de la biodiversité. Cette étude a été réalisée dans la Commune de Kétou. Son objectif principal est de contribuer à conserver les abeilles mellifères au Bénin. Ainsi pendant un mois et demi, des observations ont été effectuées dans deux villages (Ayétèdjou et Dogo) dans la Commune de Kétou où 6 champs de coton ont été retenus à raison de 3 champs par village. Les informations collectées sur chaque champ par jour et cela pendant 23 jours étaient : le nombre des abeilles et leurs activités sur les fleurs des cotonniers dans le champ, le nombre des autres pollinisateurs, la superficie des blocs, le nombre de fleurs par bloc, la densité des cotonniers et autres informations relatives à l’état des champs et de l’environnement. Les observations commençaient 4 jours avant le 2ème traitement, le premier traitement étant fait avant l’épanouissement des fleurs, et finissaient 4 jours après le troisième traitement. Nous avons rapporté avec cette étude que l’abondance des abeilles mellifères et celle des autres pollinisateurs étaient comparables. Aussi cette abondance diminue considérablement quelques jours après chaque application de pesticide suivie d’une résurgence quelques jours après. Il est à noter également que les activités des pollinisateurs particulièrement des abeilles dépendent non seulement de la gestion des mauvaises herbes dans les champs mais aussi des conditions atmosphériques. Mots clés : Abeilles mellifères, pesticides, pollinisation, abondance 


Milieu d'étude

 


La Commune de Kétou est située à l'extrémité nord du département du Plateau entre les latitudes 7°10 et 7°41' 17" Nord d'une part et les longitudes 2°24'24" et 2°47'40" Est d'autre part. Elle couvre une superficie de 1 775 Km² (RGPH, 2002), soit 1,55% du territoire national et 54,38% du département du Plateau. Elle est limitée au Nord par la Commune de Savè, au Sud par la Commune de Pobè, à l'Ouest par les Communes de Ouinhi et de Zangnanado et à l'Est par la République fédérale du Nigéria. 



Les Produits Phytosanitaire 

v                                                                                                     LAMBDACAL  p 645 EC

 Il est de classe II : modérément dangereux selon la classification toxicologique de FAO/OMS. Il est recommandé pour usage en programme de lutte étagée ciblée (LEC), donc les doses applicables varient en fonction du degré d’infestation. 

 

Cutter 112 ES
C’est un insecticide binaire destiné à la lutte contre les ravageurs du cotonnier. Il est utilisé pour les traitements de la  1ère fenêtre. Dosage : 250ml pour 1ha.


Ema super 56 DC
 Concentrée dispersible contenant 24g/l d’énaméctrine benzoate et 32g/l d’acétamipride est un insecticide binaire systématique et translaminaire. Il agit par contact, ingestion, systématique et translaminaire. Il est efficace contre les chenilles carpophages (Hélicoverpa armigera, Diparopsis watersi, Earias sp…), sur les chenilles phyllophages (Syllepta derogata, Anomis flava, Spodoptera littoralis) et les piqueurs suceurs (Bemista tabaci, Aleurode, Aphis gossypii, Dysdereus sp) en culture cotonnière. 



 Résultats



Les suivis des différents champs durant les différentes périodes d’application des pesticides ont permis d’avoir des résultats qui sont présentés ci-après  :



Au niveau du champ de coton Ayétèdjou 1

 Nous avons constaté sur cette superficie de 1,10ha que l’abondance relative des pollinisateurs peut aller jusqu’à 40000 individus.
L’abondance relative des abeilles est globalement égale à celle des autres pollinisateurs tous ensembles. Après chaque application de pesticide, cette abondance diminue considérablement et peut même atteindre 0 (figure n°5) et quelques jours après elle remonte



Au niveau du champ de coton Ayétèdjou 2



Nous avons constaté, sur une superficie de 0,8ha que l’abondance relative des pollinisateurs peut aller jusqu’à 50000 individus. Après chaque application, cette abondance diminue considérablement sur cette même superficie. Il faut noter que la chute des abondances n’intervient qu’après quelques jours. (figure n° 6). Rappelons que le 01/09 et le 15/10/2012, le champ a reçu respectivement le 1er et le 2ème traitements avec le produit cutter. Le 15/10/2012, il a reçu le 3ème traitement avec le produit lambdacal.


 Au niveau du champ de coton Dogo 1

Nous avons constaté, sur ce champ de superficie 1,33ha, que l’abondance relative des pollinisateurs peut aller jusqu’à 27500 individus. Après chaque application de pesticide, cette abondance diminue considérablement pour s’annuler pratiquement (figure 7).  Signalons que le 17 septembre et le 1er octobre 2012, ce champ a reçu respectivement le 1er et le 2ème traitement avec le produit lambdacal. Le 15/10/2012, il a reçu le 3ème traitement avec le produit Ema super.


Au niveau du champ de coton Dogo 2  


Nous avons constaté, sur ce champ de superficie 0.72ha que l’abondance relative des pollinisateurs peut aller jusqu’à 14000 individus d’abeilles mellifères. Après chaque application de pesticide, cette abondance diminue considérablement pour devenir presque nulle (figure n°8). Signalons que le 22 septembre et le 06 octobre  2012, le champ a reçu respectivement le 1er et le 2ème traitement avec le produit lambdacal. Le 20 octobre  2012, il a reçu le 3ème traitement avec le produit Ema super.


Les abondances relatives estimées des pollinisateurs sont comparées entre les champs d’un même village et entre les abeilles mellifères et tous les autres pollinisateurs confondus pour rechercher d’éventuelles différences




          Au niveau du village de Dogo
La comparaison des abondances des abeilles mellifères des champs 1 & 2 avec un test de Student a révélé une différence significative (t = 2,246, df = 34, p = 0,031) alors que la comparaison des abondances des autres pollinisateurs entre ces mêmes champs de Dogo n’a révélé aucune différence significative (t = 0,696, df = 34, p = 0,491). Les comparaisons entre abeilles mellifères et autres pollinisateurs d’une part et entre autres pollinisateurs d’autre part n’ont révélé également aucune différence significative
 




          Au niveau de Ayétèdjou


Au niveau de ce village, les comparaisons entre les abondances des abeilles mellifères et les autres pollinisateurs que ce soit dans les mêmes champs qu’entre les deux champs, aucune différence significative n’a été décelée.



 

La contribution des pollinisateurs aux rendements du cotonnier évaluée sur deux champs à Dogo se présente comme ci-après 




Il y une différence significative entre les nombres des capsules formées avec les fleurs protégées et les fleurs auxquelles les pollinisateurs ont accès (D1 : t = -2,640, df = 12, p = 0,022 ; D2 : t = -2,716, df = 12, p = 0,019). Ceci montre que la contribution des pollinisateurs aux rendements du cotonnier est sensible.

Discussion

Les résultats montrent que les abeilles mellifères ont une abondance (niveau quantitatif élevé) presque égale à tous les autres pollinisateurs du cotonnier mis ensemble. C'est-à-dire le nombre des abeilles mellifères qui butine les fleurs du cotonnier est relativement égale au nombre de tous les autres pollinisateurs mis ensemble. Les insectes pollinisateurs selon Vaissiere (2005), comprennent certains coléoptères (nitidulidés et Magnolia), lépidoptères (papillons de jour pour les oeillets Dianthus sp. et papillons de nuit pour les Datura sp.), et diptères (mouches) comme les syrphes (alliacées et ombellifères), mais ce sont surtout les abeilles (hyménoptères) qui ont une relation indissociable avec les fleurs (Faegri & van der Pijl, 1971). En effet, la morphologie des abeilles (présence de poils branchus sur le corps), leur régime alimentaire (nectar et pollen exclusivement) et leur comportement de butinage (fidélité à une espèce de plante lors d’un voyage) en font des vecteurs de pollen particulièrement efficaces et précis (Michener, 2000). Le mutualisme (relations mutuellement bénéfiques) qui lie abeilles et fleurs a conduit à la co-évolution et à la diversité des espèces que l’on connaît aujourd’hui (Crepet 1984): Plus de 20 000 espèces d’abeilles dans le monde contribuent à la survie et à l’évolution de plus de 80 % des espèces végétales (Burd, 1994 ; Buchmann & Nabhan, 1996 ; Allen-Wardell et al., 1998, Michener, 2000).
La pollinisation effectuée par les abeilles est remarquable sur le plan quantitatif et qualitatif. En effet, les abeilles transportent couramment des dizaines de milliers de grains de pollen sur leurs corps et elles en déposent de grandes quantités sur les stigmates, avec pour conséquence une sélection gamétique efficace des tubes polliniques. Et sur le plant qualitatif, en allant de fleur en fleur, les abeilles transportent du pollen issu d’individus génétiquement différents et le dépôt d’allopollen permet la fécondation croisée et la reproduction de toutes les espèces auto-incompatibles (Vaissiere, 2005),
Les résultats montrent également qu’il existe seulement au niveau des champs de Dogo une différence significative entres l’abondance des abeilles mellifères. Ce résultat peut-être justifié par la proximité des ruchers par rapport au champ D2, de son entretien. Les résultats montrent aussi que la contribution des pollinisateurs aux rendements du cotonnier est sensible. Et cela confirme notre hypothèse qui stipule que le nombre des capsules formées chez le cotonnier est directement corrélé avec le nombre des visiteurs pollinisateurs. De plus, Hau (1997) affirmait que bien que la fleur du cotonnier soit hermaphrodite et le mode de reproduction soit préférentiellement autogame, son taux d'allogamie peut  atteindre 30% dans certaines localités en fonction de la densité des insectes pollinisateurs. Jenkins (2000) aborde dans le même sens et affirme que « On considère que le coton est une espèce cultivée « souvent croisée », mais il se comporte essentiellement comme une espèce autofécondée. La proportion d’autofécondation varie avec la population d’insectes pollinisateurs ».
Il complète par ces mots « L’utilisation abondante d’insecticides pour lutter contre les insectes ravageurs limitera fortement l’ampleur de la pollinisation croisée ». Cela montre que les pesticides influencent les populations des pollinisateurs et il n’a pas tort. Car la dernière partie de nos résultats que cela soit à Dogo ou à Ayétèdjou a montré qu’après chaque application de pesticide, l’abondance des pollinisateurs diminue considérablement avant de remonter après quelques jours. Cela n’est pas étonnant car tous ces chercheurs (Shahrouzi, R., 2009 ; SCHIRO, 2011 ; CET, 2002-008 ; KIEVITS, 2011 ; IMDORF, A. et al., 2010 ; Pirk, W.W. C. & Human, H., 2012 ; Chauzat, M.-P., 2012 ; Munthali, D.C., 2012) sonnent déjà chacun à sa manière sur la sonnette d’alarme en montrant l’impact des pesticides sur les abeilles. Ils ont énumérés plusieurs catégories de facteurs qui pourraient provoquer le déclin des populations des abeilles et signale en particulier que les pesticides se trouvent au premier plan. Pour renchérir les résultats de ces chercheurs, sur l’étiquette du produit Ema super, il est écrit : « il est toxique pour les abeilles ».
 Tout ce qui précède montre effectivement que les pesticides ont un effet négatif sur les pollinisateurs en particulier les abeilles.


Conclusion

Au terme de cette étude sur la pollinisation du cotonnier par les abeilles mellifères et effet des pesticides dans la Commune de Kétou, les résultats montrent que l’abondance des pollinisateurs que cela soit les abeilles ou les autres est relativement égale. Ils montrent également que le nombre des capsules formées chez le cotonnier est directement corrélé avec le nombre des visiteurs pollinisateurs. Il est à souligner que les pesticides utilisés dans la culture cotonnière influencent les populations des pollinisateurs.
Il serait souhaitable :
  • ü       Que cette étude sur le déclin des abeilles soit étendue à d'autres régions agroécologiques du pays pour mieux cerner le sujet sur le plan national.
  • ü  Que des moyens humains et financiers soient mobilisés pour entreprendre ces différentes études dans les régions où se pratique l’agriculture intensive.
  • ü  Que le gouvernement et les organisations non gouvernementales (ONG) entreprennent les sensibilisations sur les services des abeilles dans la conservation de la biodiversité et pour l’homme ainsi que les risques de son déclin avec les approches de solutions.